La pédagogie à l’école des différences. ESF, 1995.

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Les pôles de la différenciation

Perrenoud situe la différenciation telle qu’elle se pratique déjà entre deux pôles :
  1. À l’un des pôles, on trouve la différenciation immédiate, souvent spontanée, en réponse aux mille situations de la vie quotidienne. Cette différenciation, limitée par le manque de temps et la nécessité de s’occuper de tous, ne permet que des ajustements circonstanciels et superficiels.

  2. Au pôle opposé, on trouve des formes de différenciation plus ambitieuses, qui demandent plus de temps et qui s’attaquent à des différences plus fondamentales. Dans ces cas, face à un élève posant un problème singulier et d’une certaine importance, le maître s’efforce d’identifier les données du problème, cherche des solutions, les met en œuvre. Il réalise alors une forme de différenciation à plus long terme, plus ambitieuse.
C’est dans ce jeu sur l’ampleur de la différenciation qu’il faut faire la part du rêve. On peut considérer ces rêves de différenciation comme nuls et non avenus sur le plan des pratiques observables, puisqu’il n’y a même pas eu le début d’un passage à l’acte, ou si peu qu’il est inutile d’en parler. C’est ce que semblent en tout cas penser les maîtres : interrogés sur leur pratique en matière de différenciation, ils parlent, soit de ce qu’ils ont tenté concrètement, soit de l’impossibilité de faire quoi que ce soit de sérieux dans les conditions actuelles. Pourtant l’entre deux est très important dans leur expérience quotidienne des différences et de ce qu’ils peuvent en faire.

Dans la mesure où il ne se réalise pas, le rêve de différenciation est vécu inévitablement, en fin de compte, sur le mode du renoncement, de la frustration, parfois de la culpabilité; il coûte donc affectivement; il replace chacun, beaucoup plus durement que les discussions théoriques, devant les limites de son action; la part du rêve et celle de la désillusion comptent beaucoup dans le «moral» d’un enseignant.