|
La pédagogie à l’école des différences. ESF, 1995.
10/10
Diversité des élèves et animation du groupe-classe
Un maître primaire se trouve en début d’année devant vingt à vint-cinq enfants qui diffèrent par la taille, le développement physique, la physiologie, la résistance à la fatigue, les capacités d’attention et de travail; par l’habileté perceptive, manuelle et gestuelle; par les goûts, les capacités créatrices; par la personnalité, le caractère, les attitudes, les opinions, les intérêts, par les images de soi, l’identité personnelle, la confiance en soi; par le développement intellectuel; par les modes et les capacités de relation et de communication; par le langage et la culture, les savoirs et les expériences extrascolaires; par les habitudes et le mode de vie hors de l’école; par les expériences et les acquis scolaires antérieurs, par l’apparence physique, la posture, l’hygiène corporelle, le vêtement, la corpulence, la façon de se mouvoir, par le sexe, l’origine sociale, l’appartenance confessionnelle, nationale ou ethnique, par les sentiments, les projets, les envies, les énergies du moment…
Dans un groupe-classe, entre enfants, la possibilité de choix demeure, mais elle est réduite. Coexister chaque jour plusieurs heures, dans un espace clos relativement exigu, restreint les degrés de liberté de chacun dans le choix de ses partenaires. D’autant que le maître ne laisse pas nécessairement le choix des voisinages et des collaborations. Pour un enfant, la diversité de ses camarades en classe peut donc être menaçante ou au moins problématique, aussi longtemps que, pour certains d’entre eux, il ne dispose pas des schèmes adéquats d’interprétation et de réaction. Un enfant peut déconcerter ou faire peur parce qu’il a un accent étranger ou des difficultés d’expression, des réaction violentes, des colères incompréhensibles, des familiarités et des exigences inattendues, parce qu’il souffre d’un handicap, parce qu’il ne respecte pas les usages.
Dans un groupe, plus la diversité des personnalités, des besoins, des aspirations, des compétences, est grande, plus il est difficile d’entreprendre une activité collective qui plaise à tous et ait un sens pour tous - même si chacun n’y joue pas exactement le même rôle - , plus il est difficile de trouver un consensus ou une majorité indiscutable lorsqu’il y a une décision à prendre. Le rôle et l’attitude1 de l’enseignant doivent donc évoluer pour passer d’instituteur à animateur.
__________
1 Voir texte original p. 69
|
|