La pédagogie à l’école des différences. ESF, 1995.

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Le rôle de l’enseignant

Perrenoud ne dit pas que le leadership de tous les maîtres est devenu pure animation sans trace d’autorité. Il dit qu’il y a évolution dans ce sens, très variable selon les enseignants pour deux raisons :
  • la diffusion des idées d’école active, d’école coopérative, la valorisation corrélative de l’enfant, de sa curiosité, de sa créativité, de son besoin d’agir et d’apprendre, font que les aspirations d’un nombre croissant d’enseignants vont dans le sens de l’animation plutôt que du contrôle autoritaire du groupe-classe;

  • certaines formes d’autoritarisme, qui avaient cours il y a trente ou soixante ans, ne sont plus praticables, une partie des élèves résistent, les parents n’entendent pas que le maître exerce une autorité à laquelle ils ont eux-mêmes renoncé.
Mais si le maître ne peut ou ne veut plus incarner un pouvoir fort, il peut difficilement n’être qu’un animateur, laisser s’exprimer les envies, les opinions, les personnalités. Car si l’institution ne l’encourage plus à être autoritaire, elle lui demande toujours d’avoir de l’autorité!

Il est vrai que le groupe-classe n’est pas livré à lui-même, même lorsque le maître ne se veut qu’animateur. L’animation consiste justement à accroître les capacités de décision et de coopération, à accepter de gérer les divergences et les conflits, à trouver des équilibres équitables, à faire une place à chacun. Mais dans les conditions où sont placés les enseignants de l’école publique, une telle animation supposerait des compétences que la majorité des enseignants ne possèdent pas à ce degré, même lorsqu’ils souhaiteraient n’exercer aucun pouvoir et organiser la classe sur une base strictement coopérative. Les enseignants qui s’en approchent le plus appartiennent au courant d’école moderne, qui leur transmet à la fois une idéologie et des techniques encore largement absentes de la formation officielle. À l’heure actuelle, la plupart des enseignants vivent un moyen terme entre leadership autoritaire et animation.

Prendre le parti de l’animation, renoncer à imposer autoritairement, c’est toujours faire un pari optimiste, faire confiance aux enfants, à soi-même, au groupe; cela ne va pas sans angoisse, et, au-delà d’un certain seuil, il est difficile à supporter. Ce que Perrenoud voulait souligner surtout, c’est que le traitement des différences doit aussi, et peut-être d’abord, être abordé en termes de dynamique de groupe et de type de leadership, l’un et l’autre déterminant jusqu’à quel point le groupe et le maître peuvent accepter que les différences s’expriment et qu’il en soit tenu compte pratiquement.