La pédagogie à l’école des différences. ESF, 1995.

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Situation de groupe

On parle souvent de la situation de groupe comme une contrainte empêchant une individualisation optimale : le maître doit partager son temps entre un trop grand nombre d’élèves, il doit sacrifier à l’animation d’ensemble ou au maintien de l’ordre, il n’arrive pas à préparer des activités pour tous, ses interventions sont trop dispersées et fragmentées pour être efficaces, de nombreuses informations lui échappent parce qu’il est  assailli de messages. Ces problèmes sont réels, mais une telle approche méconnaît la force du groupe comme lieu d’éducation mutuelle et d’apprentissage, à travers la communication et la coopération, à l’échelle du groupe-classe ou de sous-groupes. Tout se passe comme si le maître était la seule source d’apprentissage, comme si le groupe se réduisait à un réseau en étoile, dont le maître occuperait le centre, fonctionnant comme un ordinateur partageant son temps entre des utilisateurs qui n’auraient aucune relation entre eux.

Or, le groupe-classe est bien autre chose, à la fois un réseau très riche de relations, de communication entre enfants, un collectif capable – si on lui donne l’occasion et le temps – de s’organiser de manière coopérative, un milieu de vie et d’expérience. La question n’est pas de choisir entre individualisation et médiation du groupe. Les deux démarches sont complémentaires, la différenciation exige l’une et l’autre.