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PROJET D'INITIATIVES LOCALES
AVERTISSEMENT
Les projets d’initiatives
locales sont issus de la volonté d’éducateurs
qui choisissent de nouvelles avenues pour la réussite
de leurs élèves. L’Association des cadres
scolaires du Québec félicite toutes les personnes
qui expérimentent la différenciation pédagogique
et les encourage à poursuivre sans porter de jugement
sur la valeur des expériences poursuivies. |
7.
PROJET D'EXPÉRIMENTATION
EN DIFFÉRENCIATION
PÉDAGOGIQUE DE CINQ
SITUATIONS D'APPRENTISSAGE
AUX COMMISSIONS SCOLAIRES
DES GRANDES-SEIGNEURIES ET DU VAL-DES-CERFS
IDENTIFICATION
DES ORGANISMES :
Comité régional des Services éducatifs de la
Montérégie
Commission scolaire des Grandes-Seigneuries
Commission scolaire du Val-des-Cerfs
ÉCOLES IMPLIQUÉES DANS L'EXPÉRIMENTATION :
École de l'Odyssée (C.S. des Grandes-Seigneuries)
École Saint-Jacques (C.S. du Val-des-Cerfs)
PERSONNES CONCERNÉES PAR L'EXPÉRIMENTATION :
Monique Authier, Marie-Claude Racine, enseignantes, École Saint-Jacques
Martine Chamberland, Rachel Girard, Marie-Claude Martel, Lina Ouimet,
enseignantes, École de L'Odyssée
Aline Boulanger, conseillère pédagogique (C.S. des Grandes-Seigneuries)
Odette Baribeau, consultante.
ORIGINE DU PROJET :
Dans le cadre d'une réflexion sur la différenciation
pédagogique entreprise par le Comité régional des
Services éducatifs de la Montérégie, les directrices
et directeurs des Services éducatifs ont inscrit, dans leur
plan d'action, leur volonté
- d'élaborer ou de valider des modèles appliqués
de différenciation pédagogique s'appliquant à tous
les élèves, qu'ils soient en voie régulière
ou en adaptation;
-
- d'expérimenter ces modèles dans un contexte
de classe régulière;
- de présenter des recommandations quant aux conditions
d'applicabilité en classe.
Pour réaliser ce mandat, un sous-comité de travail a été formé au
cours de l'année scolaire 2002-2003. L'expérimentation
s'est déroulée de février 2003 à mai 2004
et le rapport final d'expérimentation a été produit à la
fin de l'année scolaire 2003-2004.
CONTEXTE DE L'EXPÉRIMENTATION :
Les enseignantes retenues pour former le sous-comité de travail,
et qui réalisaient les expérimentations dans leur salle
de classe, étaient intéressées par la différenciation
pédagogique mais elles n'avaient pas ou peu d'expérience
dans le domaine. Elles devaient cependant travailler en équipe-cycle.
L'expérimentation s'est réalisée en classe ordinaire.
Les situations d'apprentissage réalisées au cours de
l'expérimentation respectent le Programme de formation et elles
ont été construites selon les principes du socioconstructivisme :
les tâches sont construites autour d'un obstacle, elles impliquent
une production finale et sollicitent le travail d'équipe.
Afin de démontrer la possibilité du travail en cycle,
les regroupements impliquaient tous les élèves des classes
associées, c'est-à-dire que les équipes étaient
composées d'élèves de la première et de
la deuxième année du cycle.
L'expérimentation des situations d'apprentissage a donc mis
l'accent sur la constitution des regroupements d'élèves
selon la difficulté de la tâche et non selon les difficultés
des élèves. Ces derniers ont donc été regroupés
par niveau de développement au regard de la tâche à réaliser.
Tout au long de l'expérimentation, les enseignantes ont bénéficié du
soutien de la conseillère pédagogique membre du sous-comité de
travail.
ORIENTATIONS GÉNÉRALES DU PROJET :
Dans le cadre du mandat présenté précédemment,
le sous-comité de travail devait présenter une application
concrète de la différenciation pédagogique dans
un contexte de cycle. Il faut de plus rappeler que cette recherche
s'inscrivait dans la foulée de l'implantation de la réforme,
d'une préoccupation d'intégration d'élèves
en difficulté dans les classes ordinaires, d'une gestion de
classes hétérogènes et d'une organisation scolaire
respectueuse du cycle d'apprentissage.
RÉSUMÉS DES EXPÉRIMENTATIONS :
Cinq situations d'apprentissage ont été construites.
Au premier cycle
Les abécédaires . L'obstacle est l'ordre
alphabétique. Les élèves ont été regroupés
selon leur degré de maîtrise de l'ordre alphabétique.
La tâche commune était de construire un abécédaire.
La situation d'apprentissage proposait une production plus ou moins élaborée
selon le regroupement : les plus faibles devaient produire un
abécédaire ne comportant que des images classées
selon la première lettre tandis que les plus forts devaient
produire un abécédaire avec une lettre, une image et
deux phrases qui riment. Deux compétences disciplinaires étaient visées :
français langue d'enseignement (communiquer oralement et écrire
des textes variés) et les arts plastiques (réaliser des
créations plastiques médiatiques). Trois compétences
transversales étaient sollicitées : mettre en oeuvre
sa pensée créatrice, se donner des méthodes de
travail efficaces et exploiter les TIC.
La ligne du temps de notre année. L'obstacle
est de se situer dans le temps. Les élèves ont été regroupés
selon leur degré de capacité à raconter et à situer
dans le temps un événement survenu pendant la fin de
semaine. La tâche commune était d'illustrer et situer
un événement. La situation d'apprentissage proposait
une production plus ou moins élaborée selon le regroupement :
les plus faibles illustraient et situaient un événement
de l'avant-midi et les plus forts illustraient et situaient un événement
passé depuis deux ou trois jours. Une compétence disciplinaire était
visée en univers social : construire sa représentation
du temps. Deux compétences transversales étaient sollicitées :
exploiter l'information et se donner des méthodes de travail
efficaces.
Où suis-je? L'obstacle est le repérage
dans l'espace. Les élèves ont été regroupés
selon leur degré de capacité à se repérer
dans l'espace. La tâche commune était de construire une
maquette de l'école. La situation d'apprentissage proposait
une production plus ou moins élaborée selon le regroupement :
les plus faibles devaient construire une maquette de l'étage
des classes, les moyens devaient construire une maquette du rez-de-chaussée
de l'école, étage où il y a les services. Finalement,
les plus forts devaient construire une maquette de toute l'école.
Une compétence disciplinaire était visée en univers
social : construire sa représentation de l'espace. Deux
compétences transversales étaient sollicitées :
se donner des méthodes de travail efficaces et coopérer.
Au deuxième cycle
Les dictionnaires farfelus. L'obstacle est l'ordre
alphabétique. Les élèves ont été regroupés
selon leur degré de maîtrise de l'ordre alphabétique.
La tâche commune était de fabriquer un dictionnaire amusant.
La situation d'apprentissage proposait une production plus ou moins élaborée
selon le regroupement : les plus faibles devaient fabriquer un
dictionnaire dont les entrées étaient un mot, une phrase
définition et un dessin tandis que les plus forts devaient fabriquer
un dictionnaire dont les entrées étaient un mot, sa nature,
une phrase définition, une phrase simple et un dessin; leur
production devait être faite avec l'ordinateur. Deux compétences
disciplinaires étaient visées : en français
(écrire des textes variés) et en arts plastiques (réaliser
des créations plastiques médiatiques). Trois compétences
transversales étaient sollicitées : mettre en oeuvre
sa pensée créatrice, se donner des méthodes de
travail efficaces et exploiter les TIC.
Mode de vie chez les autochtones et en Nouvelle-France. Les
obstacles sont la lecture et l'écriture. Les élèves
ont été regroupés selon leur degré de maîtrise
en lecture et en écriture. La tâche commune était
de construire des maquettes représentant le mode de vie des
Algonquiens, des Iroquoiens vers 1500 et des colons de la Nouvelle-France
avant 1760. La situation d'apprentissage proposait de construire une
production plus ou moins élaborée selon le regroupement :
les plus faibles devaient construire une maquette illustrant le mode
de vie des Algonquiens et des Iroquoiens. La recherche d'informations
se faisait dans des textes adaptés à des lecteurs de
2 e cycle. Certains vidéos pouvaient être utilisés
aussi. Les plus forts devaient construire une maquette illustrant le
mode de vie des Algonquiens et des Iroquoiens; ils devaient illustrer également
certains éléments du mode de vie des colons de la Nouvelle-France
avant 1760. La recherche d'informations devait se faire dans toutes
sortes de textes. L'équipe pouvait utiliser également
l'informatique (cédérom et internet) pour la recherche
d'informations. Deux compétences disciplinaires étaient
visées : en français (lire des textes variés, écrire
des textes variés et communiquer oralement). En univers social
(lire l'organisation d'une société sur son territoire).
Trois compétences transversales étaient sollicitées :
exploiter l'information, se donner des méthodes de travail efficaces
et exploiter les TIC.
BÉNÉFICES POUR LES ENSEIGNANTES :
À la suite de l'expérimentation, les enseignantes ont
fait valoir les principaux bénéfices qu'elles en ont
retirés :
- une meilleure connaissance des élèves à cause
des observations partagées;
- la satisfaction de pouvoir aider tous les élèves
parce qu'ils sont regroupés par niveau de développement;
- des attentes plus réalistes au regard des élèves;
- la constatation du plaisir des élèves à travailler
de cette façon, de leur engagement dans la tâche et
de leur ténacité;
- la capacité d'observer les élèves,
dans des situations variées, avec un nouveau regard;
- les échanges dans le contexte de l'expérimentation
ont permis la réflexion sur l'ensemble des pratiques professionnelles;
- l'accroissement de la co-responsabilisation;
- l'engagement des enseignantes dans ce concept de différenciation
amène aussi des changements dans d'autres aspects de leur
travail dont une réflexion sur le rôle à donner
aux devoirs et leçons;
- l'évaluation intégrée à l'apprentissage
prend toute sa place parce que l'observation des apprentissages des élèves,
tout au cours de l'activité, permet d'évaluer les apprentissages
selon la situation de départ et la progression selon l'objectif
visé. On peut donc parler d'évaluation authentique
intégrée;
- la facilité de fournir de l'information pour une évaluation
en cours et en fin d'apprentissage parce que l'évaluation
est déjà prévue au moment de la planification
de la situation;
- une meilleure connaissance du niveau de développement
des élèves parce que les activités sont vécues
en cycle (surtout pour les enseignantes de la deuxième année
du cycle);
- le plaisir d'enseigner est accru parce que les enseignantes
peuvent se consacrer à des activités de remédiation
pour les élèves qui en éprouvent le besoin,
sans avoir le sentiment de «voler» du temps aux élèves
plus avancés.
BÉNÉFICES POUR LES ÉLÈVES :
À la suite de l'expérimentation, les enseignantes ont
fait valoir des bénéfices intéressants pour les élèves.
Les constats les plus fréquents sont les suivants :
- permet de revenir sur des apprentissages qui n'ont pas été complètement
intégrés et de les consolider;
- augmente la motivation chez les élèves,
particulièrement chez les élèves faibles, puisque
les défis sont à leur portée;
- suscite un sentiment de fierté et d'accomplissement
chez les élèves;
- permet d'observer et de travailler les compétences
transversales;
- on constate que les défis proposés aux élèves
forts étant à leur mesure, ils peuvent poursuivre leur élan
sans entrave;
- on note aussi qu'ils doivent travailler plus fort pour
résoudre les situations problématiques ce qui n'est
pas toujours le cas quand l'activité est plus générale;
- on constate qu'un véritable travail en cycle s'est
déroulé avec les élèves des deux années
et qu'ils se sont intégrés facilement;
- la tâche commune (situation d'apprentissage complexe)
a permis un véritable travail en coopération;
- les interventions des enseignantes sont toujours bien
accueillies parce que tous les élèves de l'équipe
partagent les mêmes préoccupations et se sentent concernés
par le support apporté;
- les élèves ne sont pas portés à se
comparer entre eux parce que l'effort exigé correspond aux
capacités
de chacun;
- à l'intérieur des regroupements, on peut
ajouter un critère supplémentaire (sous-groupe) qui
permet de travailler une problématique particulière
chez les élèves;
par exemple, regrouper des élèves qui attendent toujours
qu'on leur dise quoi faire.
DIFFICULTÉS RENCONTRÉES EN COURS D'EXPÉRIMENTATION :
Malgré l'enthousiasme et la complicité qui ont été des
facteurs de succès du pilotage de cette expérimentation,
certains éléments plus difficiles ont été mentionnés :
- la gérance de regroupements d'élèves
au 1 er cycle quand ces derniers sont peu habitués à travailler
en équipe;
- l'inexpérience des enseignantes faisait en sorte
qu'elles se sentaient un «devoir» de réussite
et non comme une expérimentation qui exige des ajustements;
- la méconnaissance du Programme de formation;
- la difficulté de mise en place du journal de
bord;
- la difficulté de témoigner des aspects
significatifs de l'expérimentation et des apprentissages des élèves
(1 er cycle);
- l'inquiétude de la part des enseignantes de
poursuivre le projet.
Ces difficultés, résolues en cours d'expérimentation,
ont démontré que ces difficultés font partie intrinsèquement
d'une expérience novatrice. Elles n'ont pas eu suffisamment
d'influence sur l'expérimentation mais elles seraient des facteurs à tenir
compte dans une expérimentation ultérieure.
COMPÉTENCES PROFESSIONNELLES :
Les compétences sollicitées sont les suivantes, par
ordre d'importance :
- fondement de l'action sur une base théorique;
- construction dans l'action;
- climat affectif favorisant le travail en équipe;
- capacité de synthèse et d'écriture;
- développement d'une culture pédagogique;
- animation et gestion de groupes;
- maîtrise de la communication interpersonnelle.
COMPÉTENCES PÉDAGOGIQUES :
Les compétences sollicitées sont les suivantes, par
ordre d'importance :
- conception et évaluation des dispositifs de différenciation;
- mise en place d'une organisation cycle et travail d'équipe;
- organisation et animation de situations d'apprentissage;
- gestion de la progression des apprentissages;
- implication des élèves dans leur apprentissage;
- devoirs et dilemmes éthiques liés à la
profession;
- gestion de sa propre formation continue;
- information et implication des parents;
- participation à la gestion de l'école;
- utilisation des technologies de l'information.
PERSPECTIVES :
Ces expérimentations ont été diffusées à large échelle :
congrès de l'ACSQ, ateliers dans différents colloques
régionaux et nationaux, production d'une vidéo, etc.
Des retombées intéressantes ont eu lieu dans les milieux
suite à ces expérimentations. Des situations d'apprentissage
ont été construites et répétées
dans un contexte de cycle selon les mêmes critères :
activités vécues en cycle, regroupements selon l'obstacle à relever,
planification rigoureuse dans le respect du programme de formation,
etc.
COMMENTAIRES GÉNÉRAUX :
Tout au long de l'expérimentation, des réflexions ont été apportées
et des questions ont été soulevées au regard de
facteurs connexes à la différenciation pédagogique.
Le contexte organisationnel, le rôle et la fonction des titulaires,
des spécialistes et des orthopédagogues, l'engagement
de la direction de l'école, la formation et l'accompagnement
du personnel enseignant, l'information aux parents, etc. sont des éléments
intrinsèquement liés à la gestion de la classe.
La classe ne peut être fermée sur elle-même. La
concertation de l'équipe-cycle-école et un véritable
travail d'équipe deviennent des conditions essentielles au succès
de la mise en place de la différenciation dans le milieu. Certains éléments
positifs émergent cependant :
- il est possible de mettre en place des cycles d'apprentissage;
- la formule expérimentée démontre
l'importance des cycles pour la mise en place d'un véritable
travail d'équipe, pour sortir les enseignants de leur isolement
et pour offrir aux élèves des situations d'apprentissage
significatives et fécondes;
- le cycle n'est pas une fin en soi mais un moyen ponctuel
qui favorise la réponse aux besoins des élèves;
- le cycle permet une véritable régulation
des apprentissages des élèves en plus des bénéfices
marginaux qu'ils en retirent et qui favorisent l'apprentissage,
exemple l'estime de soi.

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